Perspectives d’investissement
Trois formes de capital que le marché sous-évalue parce qu’il les mesure mal. Le même problème que la réputation, à une autre échelle.
Ce qui ne figure pas au bilan
Mon travail de recherche porte sur un actif immatériel, la réputation, que les entreprises possèdent sans le comptabiliser[5]. Les perspectives d’investissement qui m’intéressent obéissent à la même logique : des capitaux réels, dont la valeur est mal reflétée par les prix, et qui se détruisent beaucoup plus vite qu’ils ne se reconstituent.
Ce qui suit expose des orientations personnelles et la façon dont je les analyse. Il ne s’agit pas d’un conseil en investissement.
Préservation des parcs naturels et des écosystèmes
La revue Dasgupta, remise au Trésor britannique en 2021, propose de traiter la nature comme un actif, au même titre que le capital produit et le capital humain, et constate que ce stock s’est fortement réduit pendant que les autres croissaient[1]. Le diagnostic est celui d’un défaut de mesure : ce qui n’est pas compté est consommé.
Les projets qui m’intéressent sont ceux qui rendent cette valeur mesurable et protégée dans la durée : espaces naturels, continuités écologiques, gestion à long terme plutôt qu’acquisition ponctuelle.
Préservation du patrimoine
Le patrimoine bâti se voit ; le patrimoine immatériel, savoir-faire, pratiques, transmissions, se voit moins. L’UNESCO lui a consacré une convention en 2003, en reconnaissant qu’il se perd dès que la transmission s’interrompt[2].
Un bâtiment restauré sans les métiers capables de l’entretenir reste fragile. Les projets qui associent les deux, le lieu et le savoir-faire, sont ceux qui tiennent dans le temps.
Libre accès à la connaissance et souveraineté sur les données personnelles
Deux principes qui semblent opposés et qui procèdent pourtant de la même exigence. Le premier : la connaissance produite, notamment par la recherche, doit être accessible, selon l’esprit de l’initiative de Budapest pour le libre accès[3]. Le second : les données qui concernent une personne doivent rester sous son contrôle, ce que le RGPD traduit par des droits d’accès, de rectification, d’effacement et de portabilité[4].
Ouvrir ce qui relève du savoir commun, protéger ce qui relève de la personne. Les infrastructures qui tiennent les deux à la fois sont rares, et c’est sur elles que se joue une part de l’indépendance numérique de l’Europe.
- Dasgupta, P. (2021). The Economics of Biodiversity: The Dasgupta Review. HM Treasury, Londres.
- UNESCO (2003). Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Paris, 17 octobre 2003.
- Budapest Open Access Initiative (2002). Déclaration de Budapest pour le libre accès, 14 février 2002.
- Règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel (RGPD).
- Haskel, J., & Westlake, S. (2017). Capitalism without Capital: The Rise of the Intangible Economy. Princeton University Press.